Quand l'État de droit ne suffit plus
Entretien avec Maître Maripierre Massou dit Labaquère
Au mois de Décembre 2025, le Sénat a ajouté au projet de loi de Finance (PLF) 2026 une réduction de 200 millions d'euros de crédit alloué à l'Aide médicale d'Etat. L’aide médicale d’État est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d'un accès aux soins. Elle permet d'être dispensé de l'avance des frais. Elle est attribuée sous conditions de résidence et de ressources (moins de 10 000 euros par an)1.
Le PLF 2026 concernant l'AME comporte un projet de décret prévoyant de restreindre la liste des justificatifs d'identité pour que les étrangers puissent bénéficier de l'aide médicale, allongeant et complexifiant les délais de traitement des dossiers.
Les conséquences d'une restriction de l'AME portent atteinte aux droits humains, aux droits des immigrés clandestins, et au droit à la santé publique. Le PLF n'étant pas encore voté, il est encore temps de discuter ses implications pour les bénéficiaires de l'AME.
La Gazelle s’est entretenue avec Maître Maripierre Massou dit Labaquère, Avocate et Docteure en droit, spécialisée en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale, et Présidente de la section Pau Béarn (Pyrénées-Atlantiques, 64) de la Ligue des Droits de l’Homme.
1. Pouvez-vous tout d’abord présenter brièvement votre parcours et vos spécialisations juridiques ?
Après un baccalauréat B (économique et social), j’ai fait une Licence en droit privé puis une Maîtrise en droit (équivalent aujourd’hui à un M1 de droit). Ensuite, j’ai eu un Diplôme d’études approfondi (DEA équivalent aujourd’hui M2) en droit social (qui était du droit du travail et de la sécurité sociale) puis un autre DEA (deuxième M2) en droit de la santé. Pendant mon deuxième DEA, en même temps, j’ai commencé une Thèse d’Etat en droit social. Après l’obtention du deuxième DEA, j’ai été reçue en suivant à l’Ecole d’Avocat. J’étais jusque-là surveillante de lycée (maîtresse d’internat). J’ai obtenu ma thèse à l’Université Panthéon-Assas, Paris II, sur « Les clauses conventionnelles relatives à la mobilité du salarié » et j’exerçais déjà en tant qu’avocate. J’ai eu, après, en passant l’examen, la spécialité professionnelle en droit social, remplacée ensuite par deux spécialités délivrées par la profession, une en droit du travail et l’autre en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale.
2. Nous nous intéressons aujourd’hui à un sujet d’actualité, l’aide médicale d’État, pouvez-vous expliquer ce qu’est l’AME et ce qu’elle implique juridiquement ?
L'AME est un dispositif créé en 1999 qui vise à fournir un accès aux soins aux étrangers en situation irrégulière sur le territoire français. Pour en bénéficier, une personne doit résider en France depuis au moins trois mois de manière ininterrompue (métropole et départements d'outre-mer, excepté Mayotte où l'AME n'est pas applicable) et que les ressources ne dépassent pas le plafond de la Complémentaire santé solidaire (ex CMU-C et ACS)2. Peuvent aussi bénéficier de l'AME le conjoint, concubin ou partenaire lié par un Pacs et les enfants à charge (moins de 16 ans, au-delà et jusqu'à 20 ans s'ils poursuivent des études). Une personne retenue, maintenue ou en instance de reconduite à la frontière dans un Centre de Rétention Administrative (CRA), peut être admise à l'AME pour bénéficier de soins si son état de santé le nécessite. Un prisonnier libéré après sa détention peut bénéficier de l’AME dès lors qu’il remplit les conditions de résidence stable en France et de ressources. L'AME est attribuée sans conditions aux enfants mineurs dont les parents sont en situation irrégulière même lorsque ces derniers n'en bénéficient pas encore ou dépassent le plafond de ressources pour en bénéficier. L'AME peut aussi être accordée, exceptionnellement, à titre humanitaire, relevant alors non pas de l'Assurance Maladie, mais du Ministre chargé de l'action sociale (très peu de dossiers admis). Une personne admise à l'AME qui est régularisée, bénéficiera de l'assurance maladie comme tout autre assuré social, soit au titre de son activité salariée, soit au titre de sa résidence stable de plus de 3 mois en France. Une personne qui n'est plus en situation régulière sous réserve de remplir les conditions de ressources, bénéficiera de l’AME.
Il faudra donc justifier de son identité, et de celle des personnes à sa charge, avec des pièces justificatives. La demande d'aide médicale de l'État (AME) est transmise à la caisse d'Assurance maladie de son lieu de résidence où on peut se procurer le formulaire, étant à déposer personnellement à l’accueil. En cas d'acceptation, la carte AME permettra de faire valoir ses droits auprès des professionnels de santé et de bénéficier de la dispense d'avance de frais. En cas de refus, la possibilité d’un recours dans les deux mois est possible.
