OUVERTURE

LA CARTE : PREMIER TERRAIN DE LA DIPLOMATIE

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères abandonne la projection de Mercator. C’est par cette annonce que Jean-Noël Barrot a ouvert la deuxième édition de la Fabrique de la diplomatie. Héritée de la navigation, cette représentation du monde agrandit considérablement les territoires situés aux hautes latitudes. 

Cette annonce n’était pas non plus un ornement. Elle donnait le fil de tout le discours. La paix se fabrique d’abord dans les représentations. Avant de s’imposer sur le terrain, expliquait le ministre, la fatalité de la guerre s’installe dans les esprits, dans l’idée que les divisions sont définitives et l’affrontement inévitable. Soixante-cinq conflits armés impliquant au moins un État ont été recensés dans le monde en 2025. Un record depuis 1946.

De là, deux récits qu’il a explicitement refusés. Celui d’un monde partagé entre un « Sud global » et un « Occident collectif », concepts qu’il juge construits pour opposer des blocs et qui résistent mal à la géographie. Où commence le Sud quand certaines des premières puissances économiques mondiales en font partie ? Celui, ensuite, d’une Europe sommée de choisir son camp entre les États-Unis et la Chine, à laquelle il oppose une troisième voie fondée sur la souveraineté et le respect du droit international.

À ces deux lectures, il en substitue une autre. Non pas le Nord contre le Sud, mais ceux qui tiennent à un ordre international fondé sur des règles contre ceux qui cherchent à s’en affranchir. Une fracture qui traverse les continents au lieu de les séparer.

Entre ce constat et l’appel à la jeunesse pour fabriquer la paix, l’écart a de quoi laisser songeur. La demande n’est-elle pas considérable, à un moment où plusieurs puissances assument le retour à la force ? Reste qu’on n’imagine pas un ministre des Affaires étrangères ouvrir autrement. Dire la paix hors de portée reviendrait à acter la fatalité que tout le discours refuse. Le ministre le sait, qui convoque Briand et Locarno. Cette génération, dit-il, a rendu possible ce qui est venu après la guerre, quand bien même elle n’a pas su l’empêcher. L’argument tient. Il suppose seulement de mesurer les efforts de paix à ce qu’ils rendent possible plus tard, jamais à ce qu’ils produisent maintenant. 

Cette annonce n’était pas non plus un ornement. Elle donnait le fil de tout le discours. La paix se fabrique d’abord dans les représentations. Avant de s’imposer sur le terrain, expliquait le ministre, la fatalité de la guerre s’installe dans les esprits, dans l’idée que les divisions sont définitives et l’affrontement inévitable. Soixante-cinq conflits armés impliquant au moins un État ont été recensés dans le monde en 2025. Un record depuis 1946.

De là, deux récits qu’il a explicitement refusés. Celui d’un monde partagé entre un « Sud global » et un « Occident collectif », concepts qu’il juge construits pour opposer des blocs et qui résistent mal à la géographie. Où commence le Sud quand certaines des premières puissances économiques mondiales en font partie ? Celui, ensuite, d’une Europe sommée de choisir son camp entre les États-Unis et la Chine, à laquelle il oppose une troisième voie fondée sur la souveraineté et le respect du droit international.

À ces deux lectures, il en substitue une autre. Non pas le Nord contre le Sud, mais ceux qui tiennent à un ordre international fondé sur des règles contre ceux qui cherchent à s’en affranchir. Une fracture qui traverse les continents au lieu de les séparer.

Entre ce constat et l’appel à la jeunesse pour fabriquer la paix, l’écart a de quoi laisser songeur. La demande n’est-elle pas considérable, à un moment où plusieurs puissances assument le retour à la force ? Reste qu’on n’imagine pas un ministre des Affaires étrangères ouvrir autrement. Dire la paix hors de portée reviendrait à acter la fatalité que tout le discours refuse. Le ministre le sait, qui convoque Briand et Locarno. Cette génération, dit-il, a rendu possible ce qui est venu après la guerre, quand bien même elle n’a pas su l’empêcher. L’argument tient. Il suppose seulement de mesurer les efforts de paix à ce qu’ils rendent possible plus tard, jamais à ce qu’ils produisent maintenant.

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères abandonne la projection de Mercator. C’est par cette annonce que Jean-Noël Barrot a ouvert la deuxième édition de la Fabrique de la diplomatie. Héritée de la navigation, cette représentation du monde agrandit considérablement les territoires situés aux hautes latitudes. Le Groenland y paraît presque aussi vaste que l’Afrique, quatorze fois plus grande en réalité. Le ministère adoptera la projection d’Eckert IV, plus fidèle aux superficies réelles. « Changer de carte, ça ne change pas le monde, mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité », a déclaré le ministre.

L’annonce n’était pas isolée. Le même jour, à New York, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait une résolution appelant à délaisser progressivement Mercator, portée par le Togo et l’Union africaine, coparrainée par la France. 164 voix pour, une contre, celle des États-Unis.

Cette annonce n’était pas non plus un ornement. Elle donnait le fil de tout le discours. La paix se fabrique d’abord dans les représentations. Avant de s’imposer sur le terrain, expliquait le ministre, la fatalité de la guerre s’installe dans les esprits, dans l’idée que les divisions sont définitives et l’affrontement inévitable. Soixante-cinq conflits armés impliquant au moins un État ont été recensés dans le monde en 2025. Un record depuis 1946.

De là, deux récits qu’il a explicitement refusés. Celui d’un monde partagé entre un « Sud global » et un « Occident collectif », concepts qu’il juge construits pour opposer des blocs et qui résistent mal à la géographie. Où commence le Sud quand certaines des premières puissances économiques mondiales en font partie ? Celui, ensuite, d’une Europe sommée de choisir son camp entre les États-Unis et la Chine, à laquelle il oppose une troisième voie fondée sur la souveraineté et le respect du droit international.

À ces deux lectures, il en substitue une autre. Non pas le Nord contre le Sud, mais ceux qui tiennent à un ordre international fondé sur des règles contre ceux qui cherchent à s’en affranchir. Une fracture qui traverse les continents au lieu de les séparer.

Entre ce constat et l’appel à la jeunesse pour fabriquer la paix, l’écart a de quoi laisser songeur. La demande n’est-elle pas considérable, à un moment où plusieurs puissances assument le retour à la force ? Reste qu’on n’imagine pas un ministre des Affaires étrangères ouvrir autrement. Dire la paix hors de portée reviendrait à acter la fatalité que tout le discours refuse. Le ministre le sait, il convoque Briand et Locarno. Cette génération, dit-il, a rendu possible ce qui est venu après la guerre, quand bien même elle n’a pas su l’empêcher. L’argument tient. Il suppose seulement de mesurer les efforts de paix à ce qu’ils rendent possible plus tard, jamais à ce qu’ils produisent maintenant.

LE MINISTRE FACE À LA PRESSE

CONSTRUIRE LA PAIX ? 

Nous avons interrogé le ministre sur la manière dont les Européens peuvent construire la paix face à la pression américaine. Sa réponse porte sur la menace russe et sur la logique de dissuasion : le réarmement européen, explique-t-il, ne répond à aucune ambition territoriale mais vise à décourager toute agression. La question des relations avec Washington n’est pas abordée.

CONSTRUIRE LA PAIX ?

Nous avons interrogé le ministre sur la manière dont les Européens peuvent construire la paix face à la pression américaine.

Sa réponse porte sur la menace russe et sur la logique de dissuasion : le réarmement européen, explique-t-il, ne répond à aucune ambition territoriale mais vise à décourager toute agression. La question des relations avec Washington n’est pas abordée.

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INTERRUPTION DU DÉBAT AVEC LA JEUNESSE

« Vous n’êtes pas le bienvenu dans nos universités »
Le format a été interrompu dès son ouverture. Plusieurs étudiants ont pris la parole pour contester la politique du gouvernement. Une étudiante a d’abord dénoncé le décret « Bienvenue en France», qui porte les frais d’inscription des étudiants extracommunautaires à 2 902 euros en licence et 3 950 euros en master. Elle a accusé le gouvernement de faire porter aux étudiants étrangers la responsabilité du déficit budgétaire, citant ses camarades « algériens, marocains, sénégalais et burkinabés ». Les protestataires ont également mis en cause l’augmentation des dépenses militaires et la position française à l’égard d’Israël. Une mobilisation a été annoncée pour le 29 septembre.

Jean-Noël Barrot a rappelé que la parole était libre, tout en marquant de profonds désaccords. Sur les frais d’inscription, il a reconnu une décision gouvernementale et jugé légitime de la contester : la hausse, a-t-il expliqué, vise à demander une contribution plus importante aux familles qui peuvent la financer, les recettes alimentant les bourses de Campus France. Sur le réarmement, il a écarté toute ambition territoriale et présenté la hausse des dépenses militaires comme un moyen de dissuasion. Sur la Palestine, il a affirmé qu’aucun autre pays n’avait autant agi depuis le 7 octobre, citant la conférence humanitaire sur Gaza et l’initiative française de sanctions contre des colons israéliens.

INTERVIEWS

CINQ PROFESSIONELS, CINQ PARCOURS

La Fabrique de la diplomatie est d’abord un événement de rencontre, gratuit et ouvert à tous. Deux jours pendant lesquels des professionnels viennent expliquer leur métier et le chemin qui y mène. Nous avons pu interroger cinq d’entre eux. Voici leurs entretiens, en intégralité.
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