Édito Vices n°45

La vertu est érigée en opposition aux vices : la dichotomie manichéenne est alors établie. La vertu doit battre le vice de l’homme. Le vice comme disposition au mal – ou plutôt réprouvé moralement par la société – ne saurait se détacher du prisme moralisateur.

Vicieux est l’individu ? Pêchés capitaux dans la religion chrétienne, mauvais penchant, tare chez les Rougon-Macquart ou encore le dark side dans la culture populaire, le vice ne peut être occulté. La culture aime représenter le personnage méchant, “le villain” comme super méchant qui vient contrecarrer les plans du personnage principal. Peut-on voir dans cette opposition symétrique une forme de catharsis ? Despentes dans Vernon Subutex est intransigeante avec la société française, analysant avec acuité les vices contemporains et réalisant ainsi une « Comédie Humaine » 2.0 : tout y passe ! Les personnages y sont dépeints comme haïssables, que ce soit le trader hystérique accro à la came ou le réalisateur de télé looser en passant par Alex Bleach le chanteur rock populaire. Il est bien question de vices dans sa pluralité. Mais s’agit-il d’un défaut amplifié et répété, ou peut-on le généraliser à la « société » ?

Vices, vicissitudes, viciosité… les méandres du vice ne se limitent pas à l’individu : krach boursiers, guerres, pauvreté, précarité des liens sociaux, tout s’ancre dans un mécanisme comme défini en avance. Tout bon marxiste n’hésiterait pas à parler ici de cercle vicieux ! Le capitalisme sous toutes ses formes semble être le grand coupable de tous nos maux. 

Perfide et rusé, Machiavel a enseigné aux politiciens à ne pas toujours être bon ; la figure du renard – ou celle de « faire croire » – recommande, par nécessité, de gouverner un peuple cruel en faisant usage de la dissimulation, des joies carnavalesques et du travestissement. Machiavélique, un nouveau synonyme pour évoquer le vice ? 

Pourquoi le vice est-il autant décrié ? Si Voltaire dans son conte philosophique Candide prônait que « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin », faut-il pour autant y voir le Mal même ? une forme de pathologie ? Que ce soit par le biais de la scopophilie freudienne et mulvine, du sadisme, des mécanismes d’auto-destructions, tout semble tendre vers une perversion. 

Quelques séances chez le psy et nous voilà expié de tous ces vices, pense-t-on naïvement. 

Mélina TORNOR